Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

"Il toussait, raclait sa gorge comme un changement de vitesses mal huilé, passait des potions aux huiles essentielles, aux clous de girofle macérés dans des breuvages plus verts que verts, dormait mal, lisait vaguement, écrivait des pages condamnées par la tendance des histoires poussives, lisait les nécrologies avec un vif intérêt, projetait des décès, en dressait des listes, et, très sereinement, élaguait, taillait, réduisait. Tant qu'à se délecter, autant faire fondre le beurre des tristes sires dans de roboratives agapes. Il suffisait de s'y mettre et le malheur du monde ne gâcherait plus sans vergogne ses illusions en boucles numériques. C'était sans gloire mais non sans courage, de minuscules feux, crépitaient sur l'écran de ses rétines. "

°°°

"Il voyait le chemin rétrécir dans de vagues ornières, une sente en équilibre sur de vastes saisons désaccordées, où couraient des enfants sans boussoles; il parlait peu, se montrait rarement dans les cercles des sourires et entretenait des courriers avec les morts de sa génération. C'était burlesque et apaisant, ces conversations entre chien et loup où les disparus tapotaient les meubles et les murs en l'invitant à les rejoindre enfin.
Mais il avait ses habitudes et la vie n'avait pas encore vidé ses dernières entrailles pour qu'il s'en désintéresse. Il avait faim et c'était suffisant pour ne pas casser son bail et quitter la table."
 
°°°
 
"Rien, en somme, rien ne le retenait plus ici, si ce n'est le désir de respirer encore une infime portion du souffle des siècles anciens qu'il aimait entendre crépiter dans ses poumons la nuit. Il goûtait cet oxygène piqué des poussières du présent dans de longs sommeils précurseurs. Tout se recréait alors à l'infini, dans une enfance légère et vive, et, quand il se réveillait, il tournait la tête vers la fenêtre, cherchait l'ombre pâle qui revenait, sans hâte, chaque jour, lui tendre la main."
 
°°°
 
"Mais quoi? se disait-il en s'accusant d'avoir couru les fantômes, c'était tout ce qu'il avait nourri, ce "quoi?" bref comme une gifle sèche, une fenêtre que le vent fait claquer avant la pluie, un "quoi?" de trou de mémoire, une vie dépensée dans des sursauts d'apnée, une vie en salle d'attente loin de chez soi, mais où?"
 
°°°
 
"Je suis rentré plus tôt, je m'étais perdu dans des chiffonneries plutôt que de lisser, comme un temps frais sur un corps fatigué, ma peur de ne plus rentrer jamais, ou presque, dans ma chambre aux odeurs de menthe, dans cet immeuble où ma barque s'enfonçait en silence; jamais je ne m'en étais soucié mais je coulais, sans même un orage, à part moi, dans mon lit déjà, perdu."
 
°°°
 
Cela dit, vécu, disparu, où vont les paroles à pattes, ailes et carcasses sonores dans les terriers des anciennes tribus de fourures et de soies.
Cela dit tombe souvent dans l'air épais des nouveaux nés et des marins perdus, cela dit, passe où nous vivons entre deux portes sous le vent.
 
°°°
 
"Il vivait une pitoyable erreur qui lui avait coûté quelques séparations douloureuses, il voulait faire durer ce moment déclencheur qu'on appelle l'amour, vivre le temps du starter alors qu'elles chérissaient tout de suite l'idée de changer de vitesse, de passer en quatrième et de laisser ces médiocres histoires d'amour des débuts où elles méritaient de disparaître, dans la nécrologie des innocents."

°°°
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :