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"Et l'autre dit ce que l'autre en lui tentait de soustraire à l'entendement de tous les autres, une faiblesse radicale, une peur au rasoir, se remettre au monde malgré les ratés de ce presque né, mal tombé par-dessus le rempart de la mère, dans l'auge, empli d'une langue de gromelot, tremblant jusqu'au pied de sa première manducation, petit à petit parler encore parler, entendre dans un pays éloigné sa parole, lavée de toute honte puis se taire, enfin."
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Cette parole n'est pas du verbe
des mots des éclaircies des réduits
une veine un tendon une longue fatigue
non
un temps acheté pour presque rien
offert à bout de souffle
dans le vertige du dernier mot.
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Retrouver des amies et des amis éloignés par les intrigues du temps se fait sur la pointe des pieds, on connaît maintenant les lacis des lézardes mais on se souvient surtout du faîte de la maison. Elle abrita tant d'allégresse au cœur du désastre!
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Corps en péremption
donne l'heure
horloge provisoire
des voisins
en moi ailleurs
dans le lieu
du commun.
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"On ne peut lire tous livres mais on peut faire un effort" évoquait Antonio Lobo Antunes..
Et puis un jour, comme pour la cuisine, on repère à l'instant les nourritures basses, les fadeurs toutes en sourires, les excès de piment fossoyeurs, et à travers cette débâcle fort prisée, des livres surgissent et s'imposent dans la discrétion, parfois dans l'éclat des compagnonnages publics, ils ne collaborent ni avec la morale du temps, ni avec la tyrannie creuse du plaisir; ils résistent même aux lecteurs adipeux et aux lectrices si sensibles, ils sont comme un révolver sur une table, fascinants et dangereux.
J'aime ces livres aujourd'hui plus que jamais et les pantalonnades peuvent moisir dans l'indifférence du monde. Le bonheur de lire en dépend.
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S'appuyer sur un muret de paroles anciennes, se hisser dans l'écriture des échos lointains, au plus loin des simulacres du présent, tenter une dernière migration avant de se dissiper dans la murmuration d'une vie.
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Instance du temps
entre deux portes
encore un café
des bricoles
dans le jour qui vient.
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Et quand l'arbre s'est abattu dans le fracas des arbres perdus, c'était encore les hommes qui pleuraient leur interminable abandon.
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"Et d'un trait de matin son visage apparaît illuminé d'autres matins et d'autres matins encore, presque tous les matins de sa courte vie de matins, et d'un trait, elle n'en savait encore rien de ce matin, de ce prochain matin, dun trait sur son si pur visage, d'un matin neuf, le dernier matin de ma vie."
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"C'était un vieux livre dont il fallait couper les pages, un livre du vingtième siècle publié dans une de ces maisons à l'élégante sobriété. Les livres recelaient du texte et c’était assez.
Novalis, était de ceux-là et ses "Fragments", traduits par Maeterlinck fourmillaient de fusées mystiques.
J'ouvris le livre et une vermine minuscule traversa la page. J'y vis une forme de signe, comme un avertissement. J'avais écrasé l'insecte mais sa funeste présence avait troublé ma lecture."
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"Elle souffrait depuis de longs mois de ces atermoiements de l'âme, pour faire court, mais tout autant de ces pathologies aux noms changeants à chaque nouvelle invention du vocabulaire qui cherchait toujours, en cette matière, à lisser les aspérités tranchantes, comme des lames de voyous, à camoufler les étranglements de la rumination.
On pensait le plus souvent, quand on l'entendait évoquer les sursauts de sa mélancolie pouasseuse comme une pieuvre ancestrale, qu'elle était...comment dire...contagieuse, oui la contamination couvait sous des airs de courage surjoué.
Elle perdit peu à peu ses relations, amis et autres curieux.
Un matin elle se brisa une jambe. L'autre, le lendemain; puis un bras et encore l'autre.
Ses amis revinrent vite à son chevet, elle n'inquiètait plus personne.
Ces membres fracturés, c'était du petit bois de malheur en somme, et on ne risquait rien à la fréquenter.
Elle était enfin heureuse."
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"Ce n'était rien de grave, simplement ça occupait tout son esprit, une sorte d'inquiétude à propos des objets qui l'entouraient. Ils semblaient éternels tant leur parfaite immobilité leur conférait une pathétique présence. Ils lui survivraient grâce à cette indifférence muette. Mais une simple panne, une rupture des mouvements intrinsèques à leur usage le bouleversait.
Il y reconnaissait sa chute inévitable et souvent, de plus en plus souvent, il retenait alors sa respiration et tout ce qu'elle animait en lui...
Peu à peu, il se surprit à les envier. C'était stupide, il le savait, mais sa vie n'en était plus à une stupidité près."
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"Au loin, dans la nuit, une petite fille chante. A l'instant de terribles souvenirs de lectures tragiques me traversent. La peur me saisit et puis la colère. Pourquoi une enfant, dehors, qui chante dans la nuit froide?
Silence, je regarde au loin à travers la fenêtre. Rien.
Elle a disparu ou bien est-elle rentrée chez elle?
Un rien m'inquiète. Je vieillis.
Ou peut-être est-ce l'ennui?"
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