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Le vent passe et revient, parfois il repart sans se faire remarquer. Souvent, dans ma rue, il chasse les feuilles morts empilées le jour, distribue ses sacs plastiques à la va-vite et retourne d'où il est venu. C'est le jeu du vent et de l'ordre impossible.

 

Un monsieur âgé s'arrête devant chez moi, il voit ce sac atterri sur les pavés, se penche, toutes les vertèbres vibrent, et porte ce sac dans la poubelle publique sur l'autre trottoir. Il traverse la rue et en remarque un deuxième, noir et flappi. Il le ramasse, le fourre en poche et reprend son chemin.

 

Cet été, une personne aimant la lecture et la langue française me demandait pourquoi je "m'occupais d'édition" depuis si longtemps (sous toutes ses formes depuis les années 70...papier-typo-sérigraphie, offset, rotative,...stencils d'abord évidemment!). Je ne savais que répondre des évidences: j'aime voir naître un livre et je me sens à chaque fois moins bête d'avoir participé à son accouchement. "Mais pourquoi ca? ", et elle pointant un livre de Serge Goldwicht, sur beau papier Zerkal et tirage limité à 300 ex.. Avec un titre pareil "La Production du ratage et son institution ou le désir discret de la tragique entreprise " (Ed "La Soif Etanche" 1979 et en réédition 35 ans plus tard bientôt aux Editions Traverse avec un ajout de l'auteur). Pourquoi ce livre bizarre au titre farfelu? Ca, c'était de "l'amusement", voulait-elle dire. Bien sûr que c'en était et ce livre compte toujours aujourd'hui pour quelques peintres et philosophes. J'y fais référence dans mes ateliers régulièrement et tout aussi régulièrement, des amateurs m'enpruntent les cinq derniers exemplaires...

Qu'est-ce qui était sérieux en fait dans l'édition et qu'est-ce qui ne l'était pas, voulait-elle savoir. J'ai pilonné de tous mes bombardiers que tout ça était sérieux même si ça n'avait pas la visibilité et le poids financier que l'édition doit avoir aujourd'hui pour franchir la grande barrrière de corails. Elle m'a écouté sans me croire vraiment, nous ne parlions pas de la même chose. On en est restés là. Quelques mois plus tard, je lisais un article qui soulignait le fait que les régions qui voient les infrasructures culturelles indépendantes se déliter sont curieusement celles où les partis extrémistes avancent le plus facilement. Terre brûlée en somme.

 

Oui, on fait ça pour l'amusement, comme le vieux monsieur qui ramasse le sac plastique qui n'encombre personne mais qui, par sa présence, sollicite ce mouvement d'attention au bien commun. Un Eloge de la Contre-paresse des Indignés du dimanche matin, peut-être..

 

Ce que je vois chez les "petits éditeurs" aujourd'hui, hormis, les bandes, les clans, les secrets de Polichinelle, c'est d'abord cette volonté de faire connaître, d'inciter à relever la tête enpixellisée des machines. C'est de tenter de présever du temps long. C'est essayer de participer à la beauté des "contre-allées" de l'industrie culturelle où nous sommes encore nombreux à nous croiser et à ramaser les sacs de plastique noir qui y traînent...

http://www.sergegoldwicht.be/works.php?cat_id=7&level=0&tree=7

C'est de l'amusement!

Travail en cours

C'est de l'amusement!
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