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HCP/ La dernière eur? / Marginales

Les jeux sont faits, les dés sont jetés. Ces élections européennes vont certainement, dans les années qui viennent, si cette discipline appelée la science politique est encore pratiquée, susciter des commentaires de tous ordres, donner lieu à des interprétations multiples et, bien entendu, contradictoires. Il est même probable que la multiplicité des points de vue risque de l’emporter sur leur convergence. L’Europe, en effet, est un écheveau d’enjeux, d’intérêts, de stratégies, et n’apparaît plus, on est en droit de le déplorer, quoi que l’on proclame ici et là, comme une ambition partagée. Ce constat, il faut se résigner à le faire, quoi qu’il en coûte. L’Europe, qui fut brandie il y a trois quarts de siècle comme la grande riposte au cauchemar qui avait ravagé le continent et exigé le sacrifice de millions de vies humaines, a perdu de son pouvoir salvateur de conjurer les risques de conflit. C’est le triste constat que l’on doit déduire des discours que sa gestion politique suscite : elle n’est plus concevable comme une grande synthèse, mais plutôt comme l’addition d’une batterie d’antithèses.

Haut commissariat aux affaires psychiatriques

 

Daniel Simon29 juillet 2019

 

En cette année, enfin, le HCP, Haut Commissariat aux affaires Psychiatriques va naître.

Des massacres, des désastres, des cataclysmes nouveaux ont révélé leur origine récurrente dans les probables déviations de tous ordres et systèmes depuis la création du Vide connecté et des Réseaux d’ignorance. Mais les débats sont houleux et produisent ce que produisent les débats : d’autres débats.

Enfin, de façon unanime, les Experts et Témoins ont relevé des signes singuliers de schizophrénies massives, de dédoublements collectifs, d’hystéries mortifères. Ils ont pu être établis sur base de consensus difficiles.

Nous avons voulu livrer quelques témoignages relevés dans le Corpus de 78 000 pages mis à disposition des citoyens. La libre consultation de cette somme sera bientôt en ligne.

Des extraits sont dès aujourd’hui consultables et déjà nous avons reçu une première réaction que nous vous livrons ici.

« Je suis un homme qui s’est soustrait au temps. Une soustraction ajoutée aux autres soustractions. Je fais partie de la soustraction collective.

Je pensais, je disais, je rêvais… Tout est possible, je suis libre, je peux dire, parler, ça y est je suis entièrement libre, tellement libre que cette idée de liberté ne me venait même plus à l’esprit. Je m’occupais de moi, de ma carrière, de mon plaisir, beaucoup de baise et peu d’effort, toujours sur le dos à contempler la beauté des femmes au travail. C’est fou ce qu’elles y mettent comme énergie depuis qu’elles savent qu’elles sont plus nombreuses sur terre, elles courent, elles y mettent du cœur, du sentiment même, de l’engagement… Elles sont ouvertes et disponibles comme elles disent. C’est pathétique. Elles n’ont plus aucun avis véritable, elles sont convaincues que l’égalité passe par des comportements mais chacun fait comme s’il ne savait pas, les uns en profitent, les autres comprennent trop tard et c’est tant pis pour elles, faut quand même qu’il y ait un peu de justice, non ? Faut quand même que tout cela ait un sens, des comportements d’idiotes pour des hommes impuissants, c’est juste, cela s’appelle la décadence, c’est pas grave, les choses s’accélèrent, la bêtise gagne, le grand vide se remplit du sens du bonheur et de la jouissance immédiats, c’est pas grave, faut bien que notre histoire laisse la place à une autre. Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’on fasse semblant de pas savoir. J’étais militant avant, de gauche, pur porc, père mineur, mort de silicose, mère trieuse dans la fonderie, deux héros de la classe ouvrière comme chantait John Lennon… A working class hero… Morts tous les deux, trois ans de distance, de chagrin je crois, de voir leur monde disparaître sans que personne s’en tape, soldes, fins de séries qu’ils disaient. Il la voyait, la classe ouvrière devenir à une vitesse vertigineuse la classe la plus bête du monde, bêtement consommatrice, bêtement cultivée, bêtement pensante, bêtement sexuée et toujours, toujours branchée au plus vite sur la bêtise globale… Ils me disaient parfois que ça avait servi à rien tous ces sacrifices, toutes ces nuits passées à rêver d’un autre monde au lieu de baiser et de disparaître brutalement. J’en pouvais plus parfois de les voir compter les points de la défaite, Chaque jour, suffisait d’allumer le poste, qu’ils disaient, suffisait de voir à quoi leurs connes de filles allaient être mangées, leurs cons de fils, comment ils allaient faire exactement ce qu’on leur intimait de faire en les prenant pour encore plus cons, pour ça, ils avaient inventé le deuxième degré, on se faisait de plus en plus enculer au deuxième degré, la gauche était de droite au deuxième degré, les filles étaient des putes percées au deuxième degré, les mecs étaient lobotomisés au deuxième degré et les publicitaires alliés des grandes idées démocratiques, style écolos, éthico, esthéticos cons, gagnaient sur tous les tableaux du deuxième degré. Les flics étaient plus malins que les assistantes sociales, les éducateurs faisaient le boulot des flics et les jeunes assassins rentraient dans leurs pénates l’après-midi, après la tournante du jour. Ils s’étaient mis à dix pour violer une gamine de quinze ans, et les cons de médiateurs ne parvenaient pas encore à leur dire que c’étaient des salauds, crapules infinies, raclures d’humanité, que Saint Genet leur en aurait foutu sur la gueule vite fait, que c’était leur engeance, avant, qui alimentait la chaîne, la grande chaîne des forçats, que c’était pas la bonne manière, sûrement, cette souffrance portée sur le corps des salauds, mais que c’était pire encore plus d’avoir peur du mot salaud, que c’était désolant de les voir ironiques, rire quand on essayait de leur dire que d’enfoncer un manche de pioche dans le sexe d’une gamine, ça se fait pas, et qu’ils riaient de notre niaiserie, qu’ils se fichaient de notre naïveté, que c’était habituel, que le porno était la seule valeur, suffisait de voir les chiffres de visionnements chaque année que la bandaison fait, les preuves, suffisait de regarder les prime time, ils étaient tous là, les pornos stars, tous d’une chaîne à l’autre ils venaient chercher l’absolution et ils la recevaient, des journalistes, des grands-mères et grands-pères leur parlaient en souriant, riant même parfois de leur deuxième degré, ils se faisaient cracher à la gueule chaque jour, les médiateurs culturels de l’info, mais c’était au deuxième degré, les glaires glissaient vite et l’audience accordait aux vieillards sympathiques le droit à une sexualité discrète. C’est le deuxième degré qui nous faisait crever de maladie, de renoncement à ce que nous croyions, c’est ce deuxième degré qui nous faisait confondre notre plaisir et notre obligation de nous battre pour défendre les quelques privilèges que nous avions. Ces privilèges étaient simples et rares : le droit de croire encore que la vie valait un peu plus que l’énergie qu’elle dépensait pour se développer, la conviction que nous étions bâtis pour construire l’avenir et non pas uniquement résister au présent, le sentiment que la beauté était gratuite et que les formes valaient plus souvent que les idées. C’étaient nos véritables privilèges, plus que le confort ou même le luxe. Nous avions connu et commis le pire en leurs noms, nous savions que nous devrions nous battre jusqu’à la mort pour les défendre. Mais ce combat était trop coûteux et nous allions tout perdre, le sentiment du temps, la perception de l’Histoire, la nécessité de nous contenter de peu. Nous étions aveugles, crevant de cholestérol et de diabète, balbutiant des phrases ineptes, nous réjouissant d’être en vie, confondant notre bonheur avec notre prospérité… C’était fini. Les cyniques prenaient encore du bon temps, arrogants et défaits, les croyants réapprenaient la haine et la Bourse clonait Dieu en laissant courir l’idée que si on s’y prenait bien, lui aussi pourrait rapporter gros.

Finalement, je n’ai plus rebondi comme les psys me le suggéraient, comme mes employeurs me le conseillaient, comme mon vendeur de pizzas me le rappelait. Plus de rebonds, un kangourou à terre, terminé. »

À cette heure, des milliers de témoignages affluent de par le monde. Le HCP vient de naître, longue vie au HCP !

 

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