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La vacance d’une vie

 

Gérard Adam est un écrivain qui n'a cessé de creuser une matière simple, rude , infinie : comment se fait et se défait une vie ?

 

Que ce soit dans des ouvrages précédents liés au voyage, l'auteur pratique une introspection essentielle qui consiste à se servir du levier de la littérature et du roman en particulier pour entrouvrir les portes les plus secrètes qui sont souvent les balises d'un destin.

 

Le romancier ne cherche pas sa matière dans des événements spectaculaires, le monde et ses fracas suffisent à former le théâtre où il place les personnages de son histoire. Notre histoire personnelle, collective confrontée aux ruptures et aux clashes de l'Histoire.

 

Il sait que si l'homme peut-être grand, il se voit souvent petit, médiocre, falot, indéterminé dans la foule des agités de notre siècle.

 

La guerre, l’exode, les migrations et puis un jour l'enracinement dans une terre de hasard ou de choix et le temps passe de génération en génération pour inscrire ces nouveaux habitants et citoyens dans des habitudes, visions de traditions importées, transformées, voire fantasmées.

 

L’Histoire de la Belgique est marquée sans cesse de ces greffes de populations, migrations, de refuges contre le chaos de la terre d'origine.

 

L'écriture de Gérard Adam se donne à lire par strates, par couches de langage et de registres de parole, ça médite ça réfléchit ça souffre, ça se reprend et continue une vie. Cette façon d'accuser les coups de la vie forme la qualité de la plupart de ses personnages.

 

Les dialogue sont souvent piqués d'une légère ironie, parfois d'un désenchantement devant le temps qui disparaît dans les mémoires oublieuses.

 

« Stille Nacht », met en scène les histoires d'immigration des familles, des vieux, des jeunes ; la sidération devant le temps qui file dans la grisaille du quotidien et son cortège de désagréments.

 

Mais ce qui surplombe le récit, c'est une visée d'humanisme saisi de modestie, sans violence déclarée.

 

Yvan Jankovic issu d'une double origine (croate par le père; italienne par la mère Istrienne), prend la figure de ce narrateur de septante ans qui a trouvé les marques positives d'une vie à la fréquentation des autres, les ritals , les polaks, les immigrés de plusieurs générations qui sont ici, installées dans une Belgique mitoyenne avec le pays d'origine.

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La guerre 39-45 a accéléré l'Histoire de ces hommes et femmes qui durent choisir l'exil pour, en arrivant ici souvent dans des conditions très difficiles, participer à une véritable nouvelle histoire nationale.

 

Yvan, va vivre les événements politiques du temps, vieillir avec ce temps, se jeter dans le bonheur de la mer toute poche, et arriver lentement au seuil des bilans.

 

C'est quoi une vie? Des rendez-vous ratés, des rencontres inopportunes, des enchantements, des grâces, la solitude

 

« Stille Nacht » est un roman que je souhaiterais conseiller à tous les "nouveaux belges" si peu au courant de l'Histoire des pays d'accueil et de l'imaginaire de ses habitants construit au fil des générations;

 

Un livre fort, dont la lenteur prête à la réflexion, aux plongées autobiographiques, à la remémoration.

 

Un roman salutaire.

 

Daniel Simon

 

Gérard ADAM, STILLE NACHT, Ed. M.EO., 180p., 16€. - Le livre sur le site de l'éditeur

 

Tag(s) : #Lectures

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