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César était content

 

César était content.

 

La République, une et indivisible, était sauvée. L’Empire était à portée de mains, les factions adverses avaient rendu les armes et certaines même s’étaient jetées du haut des remparts dans le fleuve. Elles avaient presque disparu. Elles se noyaient dans un silence glacé.

 

D’autres enragés rejoignaient les forces de César ou le Rang des Amers. On les nommait ainsi tellement leur rage, leurs invectives, leur misère morale, la pauvreté de leurs assauts et la vilenie de leur morale étaient difficiles à supporter. Mais c’était un peu de chacun de nous qui était là et nous en avions honte, des cousins, des frères, des mères, des enfants les avaient rejoints par défi et désespoir.

 

César était content.

 

Il s’offrait même des tristesses contenues en évoquant la noyade des uns et des autres. Mais il était content. Sa jeunesse lui autorisait tout car le peuple haïssait la tradition du pouvoir des vieux qui est celle des Etats malades d’un passé disparu.

 

César était content et le peuple avait pris congé. A la pêche, à la campagne, aux Jeux, il s’était répandu dans la mollesse d’une confiance sans limites.

 

César était beau, fort, ambitieux, la République était sauvée.

 

Les esclaves murmuraient encore, les pauvres toussaient discrètement en marmonnant l’espoir d’accéder à une miette de ce formidable gâteau qui grandissait chaque jour un peu plus hors de leur portée et dont on leur vantait la saveur à l'infini. Des poètes désespérés écrivaient des odes fatiguées qu’ils déclamaient sans aucune pudeur dans des cercles fermés. Le cirque était ouvert jour et nuit et les rues abritaient des mendiants venus des confins de l’Empire.

 

Des Tyrans lointains s’agitaient, beuglaient, couvraient le monde d’insultes mais leur éloignement et la radicalité de leurs spasmes laissaient croire que les gesticulations des Princes d’ici n’étaient que ronds de jambe en fumerolles rhétoriques.

César était content, tout avait changé, tout allait changer.

 

Mais César le savait, la règle serait la même que dans l’ancienne histoire, les garde-fous peu à peu deviendraient fous eux aussi.

 

Daniel Simon,

12 juin 2017

 

 

Tag(s) : #Textes

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