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Journal 1-15 mars

Feu rouge sur le boulevard. Pluie, vent.
Elle est si seule à côté de lui, elle pleure et il agite les mains en criant.
Il tourne la tête vers moi, me regarde, je le regarde, il retourne à sa dispute.
Elle pleure.
Il crie.
Le feu passe au vert, elle descend de la voiture en repoussant ses bras.
L’homme démarre.
Elle traverse la rue et court sous le vent vers l'abri, elle attend le tram.
Lui, s'est s’arrêté un peu plus loin et klaxonne.
Elle ne bouge pas, les yeux baissés, remonte son sac sur le devant de son manteau.
Klaxonne encore.
Elle hésite, remet ses cheveux en place et quitte l’abri-bus pour le rejoindre.
Je suis déjà loin.

2 mars

Je me prépare à sortir, j'ouvre la porte de mon appartement, j'ai oublié mon GSM, je file dans mon bureau. 
Deux minutes après, je reviens, une jeune femme arpente le salon, elle appelle "Tom, Tom..."
Je la salue en commençant une phrase mais elle me coupe..."Où est Tom? Vous n'avez pas vu Tom?" 
Je la regarde souriant. Je ne connais pas Tom, mais je peux changer de prénom à l'instant.
Une boule de poils apparaît, court en glissant sur le tapis, "C'est Tom! Tom! Tom!"
Elle attrape le petit chien et sort en s'excusant.
Je l'accompagne vers la sortie.
Tom est un voisin que je ne connaissais pas.

3 mars

"Le temps du commentaire infini est la forme la plus résolue du malheur." Y. Krichin

3 mars

Ils tremblaient de la tête aux pieds, se créaient des peurs de taffetas, les commentaient avec délectation, les invitaient de leurs voeux secrets, espérant que les monstres les broieraient enfin et qu'un résidu de courage, de liberté, saisisse alors leur monde de breloques usées. 
Ils tremblaient, vaticinant à propos de tout, lisant dans les astres des journaux d'hier, s'aveuglant de complots et d'évidences vulgaires, ils étaient envoutés par la peur qu'ils ne connaissaient plus que de loin, depuis tellement longtemps.
Ils se voyaient encore, spectateurs dans les gradins du Grand Stade, ils criaient, chantaient, sifflaient les buts et refaisaient le match entre deux renvois.
D'un coup, ils se réveillèrent dans un grand silence, nus sur le terrain et n'avaient plus la balle.

4 mars

"Des philologues slovènes viennent de découvrir le secret d'une lignée de textes des nannées 60-70... "Slach/Krach/Rien/Ne/Vide/blanc/Reblanc/Zink/Maman": une série de machines à écrire étaient équipées de claviers défectueux, les lettres avaient été disposées de façon aléatoire par des maoïstes dans une fabrique de "bécanes". 
Histoire de semer l'anarchie. Mais faute d'anarchie, c'était la Tyrannie des Lettres qui était aux manoeuvres et personne ne s'est plaint dès lors que les plus influents utilisèrent ces machines sans broncher. 
Ils ne mouftèrent donc pas. 
Voilà un mystère enfin élucidé. 
Merci la Science! 
Heureusement notre époque offre des gages de liberté et d'autonomie hors pair et nous sommes loin de ces temps barbares."
La Relève de l'Index, 2017.

5 mars

Pour Fatma Yildiz, en amitié
Aaah l'identité, l'identité, l'dentiquité, l'identétée...tous ces mots, faute de présent, comme un cratère de sable qui s'écoule dans un fond inatteignable, alors que tout ce qui l'entourait était là, présent. 
Ce Nostos algos (douleur du retour), cette nostalgie est partagée par chacun d'entre nous, une maison d'enfance, une école ancienne, un chemin creux dans la forêt où on allait jouer, une cabane abandonnée, des terres lointaines au Congo pour les belges anciens qu'ils retrouvent recouvertes de végétation, défigurées, ravagées,autres que celles qu'ils emportaient dans leur besace de mémoire, l'identité, ce sont des papiers, le reste est à (ré)inventer, car le pays fantôme est toujours en mouvement et celui qui fut a disparu. 
Ces identités comme un leitmotiv, une fable, empêchent d'être constructeurs du présent, de se lever dans ce soleil ou cette pluie-ci et bien sûr l'herbe est toujours plus verte ailleurs jusqu'à ce qu'on découvre qu'elle est brûlée et que cela s'appelle grandir, s'arracher, se délester du poids initial pour avancer. 
Une identité c'est comme un petit chien qui nous guide et que l'on suit à la trace parfois, les yeux baissés, suivant un sentier imaginaire et le temps passe...

(La nostalgie du retour, la nostalgie de l'arrivée,...deux beaux livres, cherchez...qui évoquent ce trajet...)

6 mars

 

"J'étais à la Foire, comme on est à la masse" Gudrun Oufti.

7 mars

 

Souvenirs de Foire...
 

Des scribouilleurs (euses), de plus en plus ahuries, ne doutant de rien, bras croisés, incapables de présenter leur "oeuvre" et qui ajoutent "Si on vous envoie un manuscrit, vous répondez? "Non Madame, jamais. Allez voir plus loin et f.... moi la paix". Le mari grommelait mais ils sont partis engluer d'autres vitrines sur leur passage

Des jeunes filles, maroco-belges, voile impeccable, sourires d'anges, me demandent de les conseiller, puis de signer leur chapeau de Spirou, enfin, achètent "Autobiographie...". "Et c'est vous qui l'avez écrit? Génial, et vous êtes là, merveilleux..." Je me sentais de plus en plus léger..."Dommage que votre livre ne fait pas cent pages, notre prof veut qu'au moins il y ait cent pages". Je leur signe un carton à destination de Madame D....m'engageant à leur porter dans la classe les 14 pages manquantes au décompte. Un enchantement.

10 mars

Une femme noire intéressée par un livre "Le racisme anti-noirs", je le feuillette également...Je me tourne vers elle et entreprend une conversation sur le sujet, elle poursuit volontiers...On parle un peu mais régulièrement "C'est trop subtil le racisme que pour pouvoir écrire sur cette question" Je lui réponds que justement c'est parce que c'est subtil qu'il faut écrire...Peu à peu, la conversation devient un ping pong d'arguments qui ne donnent rien. Je romps là. Elle s'en va. Puis fait demi-tour en me disant "Vous savez que c'est une preuve de racisme que de demander à une noire ce qu'elle pense de ce type de livre". Je lui assure qu'on peut être noir et ...obtus.

Un jeune homme veut acheter mon livre. Il lui manque trois euros. Je lui dit que c'est bon pour aujourd'hui, son intérêt me suffit amplement. Il sourit, me remercie et part en sautillant. Merveilleux.

Conversation avec Claude Raucy au beau Stand MEO, mon prof de français à Virton quand j'avais 13 ans, on parle et on se remémore, un moment rare. Salut Claude, et merci! C'étaient des "puits de lumières" ces profs quand on étaient à l'internat dans les années soixante.

11 mars

On a volé Spinoza! Il avance, feuillette le philosophe et hop, un autre dans la manche du manteau. L'oeil de Joëlle est redoutable...Elle capte, s'approche de l'audacieux..."Vous aimez ?" "C'est de la philosophie..." "Oui, c'est sur la couverture...C'est un philosophe de ...l'honnêteté..." Le malandrin sort le livre, le remet en place et s'enfuit...

Vous avez été "nombreux" (pardonnez la modestie à côté des files de Kroll et des embrassades d'Amélie".) à venir au rendez-vous sous le soleil...Des amies toutes belles et des amis attentifs (C'était ma note de sexisme pour la Tour de contrôle). MERCI!

Elle a quinze ans, elle regarde les étagères de livres, trois petits dans ses jupes. Le gamin louvoie vers la caisse sous le comptoir...Joëlle lui demande gentiment s'il veut quelque chose, elle se rapproche, il a la main sur la caisse... La jeune leur fait un signe et ils s'éloignent rapidement.

Estimation des visiteurs hier par un des assistants de convivialité" (je le dis avec humour mais ils sont parfaits): 4000 personnes. Le soleil...Pas grande foule en fait. Mais assez pour moi qui déteste ça avec les années (oui, oui)

Des moments émouvants, cet homme qui tombe sur un livre des Editions MEO de mon ami Gérard Adam. Il devient intarissable, il a les larmes aux yeux, il veut me parler, "j'ai des choses à te dire...". On se serre la main avec chaleur.

Mon amie merveilleuse Inge Schneid ("Exil aux Marolles") vient me visiter, achète un livre et on se lance des tendresses. Elle me prend la main en disant que je suis un peu comme son fils et moi de lui répondre " Tu es ma première mère juive, quel bonheur!"

12 mars

 

D'abord remercier mes amis et partenaires Pierre Bertrand et Gérard Adamde nous avoir accueillis sur leurs stands durant ces cinq jours.

Ensuite remercier les chalands qui se sont arrêtés et ont pris le temps de parler...

Enfin remercier Claude MartinNicole MarlièreFrançois Harray, Christiane Levêque, Olivier Léon M. Terwagne , Daniel Fano, de s'être "bougés" pour tenir leur place d'auteurs des Editions Traverse...et Joséphine Mirage d'avoir pris du temps pour nous aider....

Encore saluer ici mes amis Jean Mathoul, Ludivine Joinnot, ...d'être venus et de me pardonner de n'avoir pas été là à leur passage...Merci.

Toujours, de remercier Zoubida Mouhssin de me présenter des auteurs, des dessinateurs qu'elle mène généreusement vers de nouvelles rencontres (On en reparlera ici bientôt à propos de la Syrie).

De dire aussi à Jean-louis Maurice Massot que je suis admiratif et ému devant son opiniâtreté artistique et éditoriale, que j'aime tellement son regard vers les nuages quand il jardine et que je salue l'ami Pascal Blondiau si attentif...

De dire enfin que les "vendeurs de papier à compte d'auteurs" sont des rançonneurs et pas des Editeurs. Leur place n'est pas à la Foire. Faudra en parler avec Madame la Ministre...Mais le commerce du mètre carré va l'emporter, probablement...

Merci et à l'année prochaine, si vous le voulez bien et qu'on est toujours là...

13 mars

 

 

 
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