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Journal février 2017

Panne le long de l'autoroute. Seul sur la bande d'arrêt urgence devant le flux. On attend du secours mais un peu plus loin, d'autres pannes et ainsi de suite, dans les deux sens. Les flux ralentissent mais ne s'arrêtent pas. C'est la poussée dans le dos de l'Histoire. Parfois les secours n'arrivent pas à temps.

 

 

On les attendait jusqu'au soir, les bonnes nouvelles. Même décrépites, cabossées et banales, on les sirotait, on s'en humectait les lèvres, on se rinçait l'oreille, on les aspirait jusqu'à la dernière goutte. Parfois, elles ne venaient pas et la nuit tombait lasse. Ca chipote de sombres railleries une nuit comme ça. Ca jugule.
Le matin, c'était reparti, on furetait, on claquemurait des ombres au cas où on arriverait à manquer de tout, ça rassure souvent les ombres, c'est moins coupant que les vivants et ça sait se taire, alors on leur fait dire ce que l'on veut, et ça, c'était la bonne nouvelle.

 

 

Un rien, même dans le sombre massacre des hommes nus, un rien suffisait, un rien faisait l'affaire, un rien emplissait le vide infini de son coeur, un rien et voilà qu'il employait le mot "coeur" pour tenir sa place parmi les hommes, un rien et c'était reparti, un rien suffisait aux hommes qui semblaient n'être rien.

 

Il y aura dorénavant la "vie liquide" et la "vie dure". La dissolution dans les flux numériques disparates et vénéneux, la distraction de la résistance des matériaux, qui va de pair avec l'accélération des liquéfactions de toutes sortes: alimentaires (le mou sucré-salé est la nourriture la plus avalée au monde, exit les canines); la liquéfaction intellectuelle: tout égale tout, la décrépitude des idéologies remplacées par des comportements primaux et "globalement collectifs"; la liquéfaction des familles: papa poule ne s'entend plus avec maman coq et la médication tient tout ça ensemble le plus longtemps possible; la liquéfaction du temps en déportation sur nos "exosquelettes" d'écrans qui fondent la nuit et le jour,...

 

 

Dans le cadre de "La Science a réponse à tout", une enquête surprenante vient d'être publiée sur le Net, que je résume brièvement ici. "L'eau mouille différemment en fonction de sa température". Nous le pressentions depuis les révélations sur les recherches scientifiques sur l'eau en poudre, mais nous ne nous doutions pas de l'importance de cette découverte...

Une recherche en cours nous dit que l'eau mouille plus quand elle est fraîche que lorsqu'elle est chaude. A haute température, elle aurait plutôt tendance à brûler. Des scientifiques ont plongé leur doigt dans les deux substances et ils constatent qu'effectivement, l'eau chaude mouille moins puisqu'elle s'évapore. Pour que l'eau chaude puisse mieux mouiller, il faudrait donc la refroidir.
A ce stade de la complexité, le concept de "stade tiède" a été tenté par des scientifiques attestés par d'autres scientifiques qui se penchent sur les variations entre le tiède et refroidi.
La suite est à suivre avant la fin du nouveau commencement.

 

Elle posait un pied devant l'autre, le corps suivait fragile ce que les pieds conquéraient avec effort, comme si elle était en retard sur sa marche.
Elle avançait sur une glace invisible, penchée vers l'avant, le dos rond, les épaules rentrées, prête à l'effondrement, à la fin de toute chose.
Le vent soufflait et la pluie battait, elle luttait comme on vient au monde. Elle a repris son souffle, s'est appuyée à la façade, a regardé derrière elle un court instant, inspiré une longue goulée avant de regagner le ring.

 

 

Il souriait en vous résumant à une kyrielle de plantes comme si vous étiez résumé une question de pharmacopée avant que d'être un homme.

Des vérités d'évidence ou retrouvées hier matin par l'effet des modes et des catéchismes hygiénistes rendaient toute conversation impossible. Il souriait et citait les plantes qui vous correspondaient à tel ou tel moment, le reste, le plus important peut-être, le doute, la rigueur du questionnement, lui étaient étrangers.
Cette radicalité de l'ignorance était celle des convertis. Il croyait et vous regardait avec le sourire des martyrs saint-sulpiciens, langoureusement absents et inatteignables.
Il fumait et buvait un peu, ce qui rassurait sur l'imperméabilité éventuelle de son extrémisme. Mais de plus en plus souvent, il entremêlait les couches de crédulité comme un compost au fond de son jardin.
Il rapprochait de la combustion spontanée, ses conseils se couvraient de menaces, les dieux de la santé allaient nous le faire payer et ceci et cela représentaient l'enfer qu'il fallait traiter avec la plus haute sévérité.
Un jour, je le rencontrai, amaigri et les yeux brûlants. "J'ai arrêté de boire et de fumer!" annonça-t-il avec force. Ses mâchoires se serrèrent.
"Je me sens vachement bien!", ajouta-t-il en regardant vers l'infini.
Tant de pureté délétère me dégoûta, je ne le revis jamais.

 

Le chien, un colosse, aboyait à se décrocher la mâchoire, tirait sur sa laisse en bavant, luttait contre des ennemis invisibles, des effluves peut-être, le maître s'accrochait des deux mains et ses pieds glissaient dans la poussière de l'allée.
Je me suis éloigné, prudent et intrigué, la gueulante du chien couvrait la voix du maître, deux corps emportés vers l'avant que le chien mordait en arrachant des lambeaux de vide.
Un peu plus tard, il s'est calmé. Je n'avais pas bougé et dis au propriétaire du molosse; "Vous allez bien?".
Il grogna un peu et le chien l'entraîna plus loin.

 

 

"Le "cinéma" s'enfonce dans un réel de Biopics et de dévoration de l'actualité telle qu'elle prétend être dans l'image. Un coup de canif en plus dans le Contrat de la fiction...Des reportages coûteux où l'"engagement" est confondu avec une opinion sur le flux des "events". L'important, en fait, c'est le casting et la "prod"." Nilson Högrun.

 

 

Ca n'avait pas d'importance avant. Ce n'était pas grave, on se sentait en-dehors d'un monde qui commençait à tourner en rond comme un chien qui se mord la queue. Les balles filaient dans tous les sens et longtemps on a joué au ping-pong au rythme de leurs sifflements.Ca donnait du punch à la comédie des émotions. C'était...intéressant. C'est devenu lassant et l'écran est resté blanc. Tout était devenu écrans et sifflements. La parade était terminée, les ramasseurs de balles gisaient sur le sol, frappés dans le dos. Alors on s'est regardés hébétés en train de jouer au ping-pong sur nos écrans de poche, au fond des abris.

 

 

"L'écrivain parlait de son nez, des odeurs, de ce que sentait la vie, de la moisissure, des femmes, des parfums, des pestilences qui enchantent les narines et le coeur; il parlait des pièges olfactifs de l'amour, des consentements furtifs, des épreuves subtiles, des corps qui s'entremêlent "comme deux petits soleils", ajoutait-il en nouant ses grosses mains qu'il élevait vers l'auditoire, il toussait et reprenait son récit où peu à peu, les personnages disparaissaient par intermittence dans sa voix profonde, comme si des parasites intérieurs interrompaient son récit afin que, par ces interstices, entre deux respirations, le bonhomme, l'écrivain, surgisse tout entier de ses magies de conteur."

Didier Decoin répond aux questions de Jean Jauniaux lors de la soirée Pen Club au Palais des Académies, Bruxelles, le 13 février 2017. Il parle de son dernier livre, « Le Bureau des Jardins et des Étangs ».

 

 

La joie de nous voir sous le soleil, un peu, c'est déjà ça...Les terrasses remplissent, les amoureux marchent sur des trottoirs encombrés d'Ipads, la vie est secouée de "bisous", les ambulances filent dans la nuit, on fume des herbes suspectes un peu partout, les filles sont légères et les hommes rapides, ou les filles sont rapides et les hommes légers, on ne sait plus, ça s'embrasse jusque dans les tours d'oreilles, tout va bien, la nuit ne fait que commencer. Je rentre.

 

 

Elle portait un foulard rose, un Ipad rose en balancier au bout du bras et des ongles de panthère, elle marchait en serrant les fesses pour bomber le pantalon en sortant de Sainte...une école très bien, très comme il faut en bas de la rue, elle riait fort avec ses copines roses, noires et blanches aux sourires de nacre, elle était heureuse dans sa beauté d'apparat, sa diversité colorée, son identité rutilante et les conciliabules de jeunes amazones que des parfums sucrés enveloppaient dans leurs marches guerrières.
L'une sautait dans un bus qui passait, l'autre s'éloignait en faisant de grands signes et la vestale rose enveloppait ses épaules avec grâce d'un grand châle noir pour rentrer chez elle.
Un plateau de cinéma avec jeunes premières rêvant de starlettes sur le chemin de la maison.

 

 

A la fin du vingtième siècle, au Congo RDC, on appelait les lecteurs de la presse quotidienne, la "démocratie debout", ils ne lisaient que la première page des quotidiens protégés par la grille du buraliste.
Une page et un attroupement devant chaque article décrypté à travers le grillage du kiosque. Puis les commentaires, les interprétations, les hypothèses de suite de conclusion enclos dans la page deux invisible pour qui n'achetait pas le journal. Et pas un sou.
C'était l'image d'un monde de fiction.
L'agora se disputait à pleins poumons, ça gueulait, ça riait, ça crachait par terre et le groupe se défaisait vite en quête d'une autre baraque à journaux.
La marche dans la ville reprenait alors, sans fin, pour arracher de nouvelles informations qui colmateraient cette fiction dans laquelle le peuple de la rue tentait de tenir debout.

 

 

Allez, "souffle et ardeur", se dit-il avant de se recoucher et il entreprit cette dangereuse distraction dans un monde où les hommes élastiques, rebondissants sans cesse dans l'abnégation permanente connaissaient surtout de la vie une expérience redoutable, la fatigue.
Pour échapper à cette masse qui écrase le coeur, il suffisait de se remettre au lit.
Mais se "remettre" était la plus grande transgression qui soit.
Il devint alors un aventurier permanent du traversin.

 

 

"Elle était en quête de sens et de son identité, elle fit un travail sur elle-même en lâchant prise..."

Que ce genre de lieux communs d'un vide sidéral circule dans les cafés du commerce des âmes amollies, soit, mais que des personnes prétendant écrire, proclamant écrire, envoient leur "premier roman" avec ce genre d'inepties..., elles méritent, malgré les bondieuseries FB, d'être renvoyées aux galères de la prétention.
Faut pas pousser.
Et les manuscrits "sauvages" affluent (cf. JL Massot dixit récemment), les "Et mon Contrat?", les "Et la France?", les...catastrophe!

J'ai décidé d'écrire un Guide de "Votre manuscrit au lecteur" (non pas vers l'éditeur mais en passant par l'éditeur, puis la diffusion.distribution, tabelle, droits, dépôts, librairies, Amazon, pilon, numérique,...

Toujours les mêmes questions en fait.

 

 

 

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