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Les effrois du gel

"Les Tristes", Ovide, Elegie x.
 

Un des plus beaux textes, déchirant, jamais écrits sur la souffrance de l'exil. Ovide est à Tomes (Roumanie) près du Danube, il parle de l'hiver...

Etrangement j'ai pensé à lui, aux Tristes, en voyant cette photo d'un renard saisi par le gel des eaux du Danube. Singulière et dramatique image qui nous renvoie à ce que vivent les hommes...
 

(...)"Les dauphins à la queue recourbée ne peuvent plus bondir dans les airs, car le froid rigoureux comprime tous leurs efforts. Borée agile en vain ses ailes avec fracas, aucune vague ne s'émeut sur le gouffre assiégé ; les vaisseaux, entourés par la glace, comme par une ceinture de marbre, restent fixés à leur place, et la rame est impuissante à fendre la masse durcie des eaux. J'ai vu arrêtés et enchaînés dans la glace des poissons dont quelque-uns même vivaient encore.(...)

 

http://portfolio.lesoir.be/main.php?g2_itemId=992687#_ga=1.122410380.667952443.1482865415

 

LE GEL.

Sous le fuligineux étain d'un ciel d'hiver,
Le froid gerce le sol des plaines assoupies,
La neige adhère aux flancs râpés d'un talus vert
Et par le vide entier grincent des vols de pies.

Avec leurs fins rameaux en serres de harpies,
De noirs taillis méchants s'acharnent à griffer,
Un tas de feuilles d'or pourrissent en charpies;
On s'imagine entendre au loin casser du fer.

C'est l'infini du gel cruel, il incarcère
Notre âme en un étau géant qui se resserre,
Tandis qu'avec un dur et sec et faux accord

Une cloche de bourg voisin dit sa complainte,
Martèle obstinément l'âpre silence-et tinte
Que, dans le soir, là-bas, on met en terre un mort.

Les Bords De La Route. (1882-1894) Par Emile Verhaeren (1855-1916)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Articles

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