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"Les lièvres de jade" de Eric Allard et Denys-Louis Colaux

Une double fascination

 

La Lune et la Femme se recouvrent l'une et l'autre dans l'imaginaire des hommes. Pour se protéger de la lunatique féminité, ils la fêtent le plus souvent au nom du grand soleil, même si les plus belles histoires d'amour finissent souvent sous le règne de Saturne....

 

Denys-Louis Collaux et Eric Allard ont, en poètes amoureux de cette histoire de double fascination, repris pied à traverse soixante-quatre récits en miroir, en échos et correspondance. Un livre à quatre mains ne s'écrit pas plus vite, au contraire sa course souvent est ralentie par une minutiue d'écriture et d'attention que la plume d'un auteur parfois esquive.

 

Ici la langue est doublement polie, elle honore le sujet et ne se trompe pas d'ambition: c'est le coeur de l'homme qui est à chaque fois visité. Et quand on va en visite, on s'apprête...on ne se laisse pas aller.  La liberté de ton des deux compères écrivain est patente, joyeuse tout en tenant la bride à un sujet qui souffre le plus souvent d'une molle emphase. Les deux poètes le savent, la matière ici est infinie et prétexte aux plus subtiles échappées. 

 

Chacun sonde le coeur du lecteur, ses illusions éternellemment imminentes, ses désirs d'éternité microscopique, l'amour de la vie. Deux langues de bonheur que ne lassent pas des allusions funestes, deux langues de mâturité pour un sujet mythique que l'humour n'épargne pas.

 

"Les lièvres de jade" sont composés de quatre ilots de quinze textes, poèmes en prose parfois délitante que relie dans un bras de mer commun, un style tout à la fois exigeant et fluide. Ce sont deux langues amoureuses des récits que l'homme transporte souvent à son insu. Les auteurs les dévoilent dans un sourire que la connivence du lecteur, in fine, aime tant renvoyer à l'écriture quand le livre convoque la fraternité de l'homme errant dans ses songes.

 

Daniel Simon

 

Eric Allard et Denys-Louis Colaux : « Les lièvres de jade », Jacques Flament Editions, 2015, 92p., 12€.

 

 

Tag(s) : #Notes critiques

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