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Je ne disais plus, c'était ennuyeux et ancien, j'ânonnais, c'était vif, revigorant et brutal. J'avais choisi la voie la plus héroïque, celle de l'incompréhension. Je ne comprenais rien et ne me faisais comprendre de personne, cela était, dans les temps anciens, une tare; aujourd'hui, dans la fluidité de l'intelligence artificielle, c'était enfin redevenu un acte pur et sauvage, une sorte de plongée dans le permafrost de l'homme, une expédition dans la matière de l'âme redressée.

 

 

Je glissais, croyais, glosais sur le rien volatile des passions, m'engageais dans mille luttes que je devais quitter aussitôt entreprises, le temps manquait à ma compassion universelle, j'évitais le pire pour me consacrer au sincère, je broyais le mal dans des machineries de complots, j'esquivais toute question et ne me laissais séduire par ces pensées critiques qui toutes avaient mené à la catastrophe des solitudes, je mordais dans le réel des images, des flux, des réseaux avec rage, j'en avais la bouche ensanglantée, j'étais partout, moderne, agile et cruel, j'étais devenu un homme .

 

 

J'avais pour la durée le plus grand méris, je ne connaissais du temps que la jouissance de la vitesse où je me diluais chaque jour un peu plus, sublime dans l'ubiquité du temps, je disparaissais pour être présent dans chaque étincelle du brasier, j'allais tactile et réactif dans la nuit scintillante de l'absence.

 

 

J'étais joyeux, je citais des poètes que je ne lisais pas et qui changeaient ma vie, la vie si que , si quoi, si quand, si tout, si dommage, j'enfonçais des portes ouvertes dans des vocabulaires vides, je connaissais ce qu'il fallait aimer, comment le faire et comment ne pas s'y commettre, j'étais prudent en me donnnant des airs, des ailes et des ailerons de moraliste de jour férié, j'allais toujours au secours du succès où je rencontrais les héros de l'instant, j'étais devenu un merveilleux d'empapthie et d'humanité, j'allais dans la joie des éduqués, le coeur léger et le bréviaire des bonnes âmes en boutonnière.

 

 

J'aimais les autres tant et tant, l'autre dans ses assemblages de comparaisons se rapprochait tant et tant de moi que je finissais par me suffire, à lui ressembler, à m'aimer tel qu'un autre, sans cet écart d'exotisme où tant se complaisaient, ce mystère de l'autre était tel que peu à peu, le mien me submergea entraînant l'autre dans des fonds encombrés d'inquitéude. 

 

 

J'étais, nous étions, ils étaient bientôt trop beaucoup trop, disaient les gens des autres, de ceux en trop, ils faisaient des calculs, des soustractions encore et encore, recommençaient, déplaçaient, inventaient mais toujours trop, et la place de trop commençait à fondre comme glace au soleil, un trop peu émergeait, un trop tard se disait comme fables anciennes mais la joie de faire et refaire l'addition, des additions sans fin, noyait les soustractions dans de glauques rumeurs, la joie était en cours et la hausse de mise.

 

Je ne disais plus
Tag(s) : #Textes

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