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"Le trou" Charleroi / Séquence 3.

 

La nuit enveloppe le trou et quelques ampoules pendent ça et là au bord du chantier. Toujours ces creusements en appellent aux sentiments des gouffres. On regarde les échardes de métal, les rouleaux de plastic, les empilements de dalles, l'eau blanche qui stagne sous la lune, les machines dérisoires, on imagine les hommes travailler le jour: altiers, conquérants, dompteurs des fauves de la géologie. Le fond est leur territoire de chasse.

Nous sommes sur la fracture dans des entrelacs de postures: on peste, on admire, on se tait, on se souvient, on frissonne, des cris au loin, les yeux s'habituent à traverser les halos de lumière jaune en guirlandes autour de la fosse, remontent des images de villes scarifiées par les fouilles, grands travaux, démolitions, mines, carrières et d'un coup Rome, Roma, celle de Fellini, celle des mêmes gouffres, Fellini Roma délivre son histoire captive de l'apnée du temps.

Né là, dans cette ville bourgeoise des années cinquante dont je ne garde aucun souvenir - je n'ai fait qu'y naître - j'ai appris de mon enfance à aujourd'hui à la traverser pour aller ailleurs: rendre visite, travailler, voir de la famille, rencontrer un ami éditeur, écrivain, ébéniste, ... manifester parfois, aller au théâtre, retrouver une femme aimée dans des hôtels de passe et toujours la ville semblait s'assombrir, fatiguée de promesses, de délitements ordinaires, de paroles données et reprises en fraude. 

...

Federico Fellini

Federico Fellini

Tag(s) : #Textes

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