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A propos de la Saint-Valentin...

Entre

deux arrêts

 

Elle s’était endormie à Botanique. Depuis la Place Lieds, elle somnolait dans ce tram bondé du soir. Elle avait trouvé une place assise et serrait les cuisses encore plus que de coutume, plus d’espace à soi, les corps se touchaient de si près qu’elle ferma les yeux pour disparaître.

 

Il était vêtu de blanc, costume de lumière et de sang. Une pochette apparaissait à peine, la barrette de tissu rouge signait son veston comme une œuvre minimaliste. Beau, élégant, la voix douce et grave, le geste retenu, la main précise, il rayonnait.

 

Il s’approcha d’elle et avança sa chaise devant la large baie qui donnait sur le jardin. Elle appuya sa tête sur son épaule et admira leur reflet dans le double vitrage qui donnait à l’image de leur union une dimension surréelle. Une diffraction du bonheur envoyé dans la nuit.

 

Il caressa son cou, ses épaules, et lui prit les mains délicatement.  Il saisit ses doigts comme de fragiles oiseaux palpitant et déposa sa paume sur la sienne. De l’autre main il lui glissa une bague à l’annulaire. Elle sentait qu’elle tremblait. Chaque année il lui glissait un nouvel anneau qui allait rejoindre l’alliance qui les avait unis. Et chaque année, elle offrait cet anneau aux pauvres pour faire place au nouveau qu’il lui offrirait. Elle devait perdre celui de l’année précédente pour accueillir une nouvelle expérience, vivre un renouvellement.

 

Elle se leva, l’enlaça et lui prit la main en le regardant longuement. Ses yeux brillaient comme les étoiles dans le ciel de nuit, il pétillait de beauté. Elle l’avait toujours aimé pour mille raisons mais sa beauté n’était pas la moindre. Elle le guida vers la chambre, retira sa chemise, lui caressa longuement les épaules et par petites pressions fit entendre son désir, défit la ceinture de son pantalon et le mit à nu lentement, comme on défait l’emballage d’une pièce rare et précieuse. Il était étendu sur le lit et l’admirait. Elle prit le temps de se déshabiller, comme elle l’avait appris, s’éloigna un court instant et disparut dans la pénombre.

 

Elle réapparut le corps nimbé d’huile, de larges bijoux sur les hanches et les cheveux piqués de fleurs de soie. Elle s’étendit près de lui et  attendit un moment que l’air se mêle au parfum de son corps. Elle approcha ses lèvres et lui chuchota à l’oreille une seule phrase. Ils commencèrent alors ce qu’ils avaient projeté depuis peu.

 

Le tram s’arrêta en cahotant, les passagers se levèrent et se pressèrent les uns contre les autres sans ménagement. Elle attendit que le flux passe et se leva en ramenant les pans de son niqab autour d’elle. Elle marchait avec grâce pendant qu’on s’écartait sur son passage.

 

Derrière son voile, elle souriait.

 

Daniel Simon,

Février 2015.

 

Publié samedi 14 février dans Courtelignes

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Entre deux arrêts
Tag(s) : #Textes

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