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Ephémérides

Capuchon sur la tête, il marche bas, les épaules rentrées, il traverse la rue dans la plus longue diagonale et s'encastre entre deux voitures avant de diparaître dans la nuit.

Elle promène son chien, le visage figé, chignon impeccable et quand je la salue, depuis des années, elle regarde l'animal au bout de sa laisse qu'elle serre un peu plus.

Chaque matin, dans les poubelles de couleurs bleu, jaune, noire ils se penchent, discutent l'affaire possible en dépliant nos déchets, ils fourent le tout dans un grand sac et s'eloignent en souriant vers un autre trottoir.

Des cris dans la nuit, des coups de feu parfois, des silences, et des cris encore, j'hésite entre le crime et les pétards des fêtes qui approchent. Je vérifie chaque matin dans les faits divers. Beaucoup de coups de feu les jours de fête.

Les jardiniers communaux, devant les mauvaises herbes, ils binent, arrachent et jettent dans le chariot. Je les salue depuis des années en leur demandant s'ils ont trouvé le trésor. "Depuis le temps que vous le cherchez! Vous pourriez patienter, les pierres remontent, les trésors aussi, vieille légende chilienne...On rit, on se salue, on se serre la main parfois. Ils me disent leur tristesse devant les dégâts faits par les sauvages qui marchent n'importe où, écrasent, jettent..."Pour rien Monsieur, rien que pour casser..." 

"Ce sont amis que vent emporte" me revient de plus en plus souvent, des rendez-vous ratés, des accords impossibles, le langage n'y arrive pas, le temps manque, chacun pressé de circonstances majeures, amitiés de passage, comme amours volages, dans un présent sans prise sur le temps, livres prêtés jamais rendus, baisers volés, promesses vaines jamais tenues, et les réseaux qui rongent jusqu'à l'os les dernières simagrées.


Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

  Rutebeuf (1230-1285)
Adaptation en Français moderne
de la Griesche d'Hiver.

 

Simonak

Simonak

Tag(s) : #Textes

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