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"L'année s'est écoulée encore une fois. On n'a pas vu le temps passer, ça va de plus en plus vite..." Il entendait ces mots résonner en lui comme jamais et décida, alors qu'il était à l'âge des questions sans réponses, de chercher, et de trouver, précisément, par où l'année s'écoulait et où allait ce temps qui passe? Comme le sien rétrécissait, il s'y mit avec détermination et avança opiniâtrement dans sa quête.

Il usa de toutes ses relations, contacta philosophes, sourciers, illusionnistes et, en dernier recours, religieux et physiciens. Très vite, il en vint à la conclusion que chacun tentait, dans l'espace de ses connaissances, de juguler la question et de la traiter de telle sorte qu'elle ne livre plus que de faibles sons de gorge. On avançait sur des traces fragiles et les hypothèses, parfois, frisaient l'inconsistance, si ce n'est le ridicule.

Le temps existait sous tant de formes: dépliées, allongées, circulaires, souples et infinies, extérieures ou intérieures à nous, dans une, deux, trois ou plusieurs dimensions, dans des trous ou des nuées noires, froides et expansives, fractales et rebondissantes, dans le sublime de la méditation, ou dans l'acte amoureux suspendu et la mort qui retournerait la question comme on le fait d'un agent double!

Cela ne conclut pas sa scrupuleuse enquête. Les Experts étaient juges et parties et chacun tirait la couverture à soi. Le monde se contentait apparemment de chacune de ces fragiles résolutions, parfois cruelles et absurdes, qui lançaient les peuples dans les plus grands effrois, mais ces terreurs semblaient fasciner et emportaient la plupart dans des sarabandes terribles.

Il en revint aux fondamentaux, -sémantique, poétique et prosodie- et étudia la phrase avec plus d'attention encore. "Le temps s'écoule...". Les métaphores de l'écoulement, de la fuite, du goutte-à-goutte, de l'épuisement jusqu'au puits sans fond, de l'évaporation parfois, mais presque toujours la forme liquide du temps était évoquées. Ca coulait donc comme un robinet qui fuit.

C'est alors, qu'il décida de convoquer le meilleur plombier du pays. L'Expert arriva à l'heure et estima très précisément la durée de son intervention. "Pas de temps à perdre, dit-il, le temps, c'est de l'argent!" Et il se mit à rire devant mon air chiffonné en précisant que c'était la plus mauvaise blague qu'il connaissait sur le sujet mais qu'elle semblait convenir à la plupart... 

Il avait récolté au cours de sa longue expérience de multiples traces de la fuite et de l'écoulement mais d'abord, il s'agissait de procéder à certaines opérations de base. Débarrasser la maison de tous ses accessoires, la vider de son excédentaire, la déshabiller pour mettre à nu son ossature interne, la dépouiller des mille appareils clignotants et chuintants dans toutes les pièces, il fallait mettre la bête à nu et on verrait alors plus aisément les fameuses traces. C'était simple comme bonjour, la page devait retrouver sa blancheur initiale.

Les travaux prirent une bonne semaine, qui dura une éternité. Les choses allaient bon train, plus la maison se vidait, plus une forme de temps suspendu y prenait place. Le plombier annonça qu'il reviendrait dans un mois pour conclure.

Le temps avait réduit sa cadence et le chercheur inquiet s'installa dans une forme d'ennui léger qui étirait chaque journée jusqu'à l'acmé de la nuit. La dispersion dans de multiples activités sans réels intérêts n'était plus possible. Il renonça à sa course de souris et le temps ralentit jusqu'à une subtile suspension.

Un mois plus tard, le plombier sonna à heure juste. Il constata les résultats des travaux et tendit sa facture à l'instant. Tout semblait réparé. La fuite avait été colmatée et le temps ne s'écoulait plus en flux débridé. Le client satisfait, le plombier s'en alla en sifflotant.

La journée était belle, il avait tout son temps.

http://monblogabrol.blogspot.be/2011/01/futilete.html

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Tag(s) : #Textes

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