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Je l'ai aimée belle noire cruelle comme on se coupe le coeur pour nourrir de vieux chiens, je l'ai aimée cubaine aux bras si longs qu'ils me tenaient longtemps dans des chansons vulgaires et me faisaient pleurer parfois, l'aimer jusqu'au matin de bois, elle n'avait pas de papiers, pas de sauf-conduit pour retrouver son île, venue un soir, elle était restée, une petite grippe, je l'ai soignée, elle a baisé mes lèvres en me montrant sa fièvre, j'aimais son rire d'enfant enchanté et privé d'enchantement, ses seins durs et son ventre si chaud que je rêvais d'hiver en pleine canicule, le soir, presque chaque soir elle pleurait son île et sa fille là-bas si belle et forte comme les companeras à la machette sucrière, cela a duré longtemps, suffisamment longtemps pour la pleurer souvent quand j'entends de son pays vanter les charmes vénéneux pour vacanciers salaces, ce temps est en train de mourir, la faim, la disette, la pauvreté, les rêves arrêtés devant le Malecon face à Miami qui prépare la monnaie, tout va tomber d'un coup, le ventre est le premier pilote, il se goinfre déjà des ouragans Pacifique où cette femme vieillit dans la terrible caraïbe de la fraternité.

 

Je l'ai aimée belle noire cruelle
Tag(s) : #Textes

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